Martinique A nu

La biguine, une histoire créole

Le souffle de Saint-Pierre, le cœur battant de la Martinique

La biguine

Musique, danse, mémoire créole

Adresse Saint-Pierre
Catégorie Danses
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Née à Saint-Pierre à la fin du XIXᵉ siècle, la biguine demeure l’un des symboles les plus éclatants du patrimoine musical martiniquais.

Issue du métissage entre les rythmes européens et africains, elle reflète l’âme d’une société en pleine mutation, entre tradition et modernité.

Aux origines de la biguine à Saint-Pierre

Dans le Saint-Pierrebouillonnant des années 1890, la biguine s’impose comme la bande-son d’une ville métisse, surnommée à l’époque le « Petit Paris des Antilles ». Quelques décennies après l’abolition de l’esclavage, la population créole se réinvente, et la danse devient un véritable langage social.

Le genre musical émerge de la rencontre entre le bèlè, rythme rural typiquement martiniquais accompagné de tambours, ti-bwa et chants, et la polka, danse de salon d’origine européenne. 

À force de se côtoyer dans les bals populaires, ces deux univers fusionnent pour donner naissance à une musique sensuelle, dansée en couple, où le mouvement des hanches et la complicité des partenaires deviennent signatures culturelles.

La clarinette, instrument emblématique de la biguine

Symbole sonore de la biguine, la clarinette occupe une place centrale dans les orchestres. 

Sa maniabilité, sa résistance au climat tropical et son coût accessible en font l’instrument idéal pour les musiciens martiniquais de la fin du XIXᵉ siècle. 

Dans ces ensembles se mêlent percussionnistes, pianistes, trombonistes et clarinettistes virtuoses, recréant l’atmosphère élégante et enjouée des bals criollos.

Une musique porteuse d’un message social et politique

Au-delà de la danse, la biguine devient un moyen d’expression identitaire fort. Deux générations après l’abolition, elle symbolise la dignité retrouvée et l’aspiration au progrès. Danser la biguine, c’est affirmer sa culture urbaine, son élégance et sa modernité, en rupture avec les stigmates du passé esclavagiste.

Les paroles, souvent teintées d’humour ou d’ironie, abordent aussi des sujets politiques. Certaines biguines célèbres, comme Eti Tintin ou Bo fè a, commentent la vie publique, soutiennent ou critiquent les candidats aux élections locales. 

Ce double langage, festif et contestataire, fait de la biguine bien plus qu’un divertissement : une chronique sociale et politique du monde créole.

La tragédie de 1902 et la mémoire du « Petit Paris »

L’éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, anéantit Saint-Pierre, emportant avec elle une grande partie de la mémoire musicale locale. 

Les musiciens, les partitions et les lieux de vie culturelle disparaissent sous la nuée ardente. Dès lors, la biguine prend une dimension nouvelle : elle devient le témoin mélancolique d’un âge d’or disparu. 

Sa sonorité se charge de nostalgie, rappelant le Saint-Pierre d’avant la catastrophe.

Alexandre Stellio, le souffle de la mémoire

Dans les années 1920-1930, la biguine traverse l’Atlantique. À Paris, elle conquiert les clubs, les bals populaires et les studios d’enregistrement. Parmi les figures majeures de cette diaspora musicale martiniquaise, le clarinettiste Alexandre Stellio occupe une place d’honneur. 

Ses improvisations virtuoses, enregistrées dans la capitale, redonnent vie à la biguine de Saint-Pierre. 

Stellio se présente comme le gardien de cette mémoire, transmettant l’esprit de la biguine d’avant 1902 tout en y insufflant une inventivité sans limites.

Léona Gabriel et la défense de la tradition

Aux côtés d’Alexandre Stellio, Léona Gabriel incarne la voix féminine de la biguine. Revenue en Martinique dans les années 1940, elle devient la grande défenseuse des traditions musicales créoles. 

Figure charismatique, elle fait de la biguine un espace de préservation culturelle et d’affirmation identitaire, garantissant sa transmission aux générations suivantes.

De la biguine au zouk, une continuité créole

La biguine n’a jamais cessé d’inspirer les musiques créoles modernes. Dans la deuxième moitié du XXᵉ siècle, elle devient le socle d’un nouveau courant, le zouk, popularisé par des groupes emblématiques tels que Malavoi

Ce dernier modernise l’esthétique traditionnelle avec des arrangements de violons et des harmonies raffinées, liant passé et présent avec élégance.

Bertrand Dicale, spécialiste des musiques créoles, rappelle que la biguine a ouvert la voie à l’internationalisation des rythmes caribéens. Comme le calypso, le mambo ou le reggae, elle a contribué à faire rayonner le patrimoine antillais au-delà de ses frontières.

La biguine au cinéma : un héritage vivant

Le réalisateur martiniquais Guy Deslauriers rend hommage à cette histoire dans son film Biguine, où il explore la Martinique d’après 1902 à travers le destin de musiciens cherchant à faire revivre leur art à Saint-Pierre détruite. 

Ce long-métrage, à la fois poétique et politique, témoigne du pouvoir de résilience de la musique créole.

La biguine aujourd’hui : mémoire et renaissance

Toujours dansée, enseignée et célébrée lors des festivals patrimoniaux, la biguine reste un symbole d’unité et d’identité pour la Martinique. 

Des orchestres contemporains, comme ceux formés autour de l’esprit de Malavoi, perpétuent son style élégant, preuve que la biguine, plus qu’un genre musical, est une mémoire vivante.

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