Gabriel Michet Marcellin est une figure emblématique du bèlè et de la musique traditionnelle martiniquaise. Né en 1927 et décédé au début des années 1970, il est resté dans la mémoire collective comme l’un des plus grands joueurs de tibwa ou bwatè de la région samaritaine.
Son jeu accompagnait notamment le maître tambouyé Féfé Marolany, avec lequel il participait aux longues soirées bèlè de Sainte-Marie.
Un joueur de tibwa d’exception
Dans la culture bèlè, le bwatè joue les deux baguettes de bois qui frappent le tibwa, généralement posé sur le tambour. Ce rôle est essentiel : il soutient le rythme du tambouyé, structure la danse et donne à la musique son mouvement.
Gabriel Michet Marcellin était considéré comme un véritable « met bwatè ». Félix Casérus, lui-même témoin majeur de la tradition bèlè martiniquaise, résumait ainsi son talent :
« Sété an Met bwatè. »
Cette appréciation est confirmée par plusieurs témoignages recueillis auprès de musiciens et de proches de la tradition samaritaine.
Le fidèle partenaire de Féfé Marolany
Gabriel Michet Marcellin était le bwatè attitré de Féfé Marolany, l’un des plus grands maîtres du tambour bèlè de Sainte-Marie. Il l’accompagnait lors des soirées bèlè et des rassemblements traditionnels, parfois jusqu’au lever du jour.
Ces veillées pouvaient durer toute la nuit, selon l’expression créole :
« Sizè d’swè pou sizè d’maten. »
La complémentarité entre le tambouyé et le bwatè était essentielle. Le tambour portait la parole musicale, tandis que les baguettes de Gabriel Michet Marcellin lui apportaient une pulsation régulière, précise et vivante.
Cette association avec Féfé Marolany a marqué l’histoire du bèlè samaritin. Féfé était reconnu comme un maître du tambour et de la musique bèlè, tandis que Gabriel Michet Marcellin était considéré comme son partenaire rythmique privilégié.
Une présence discrète, un talent unanimement reconnu
Les témoignages décrivent Gabriel Michet Marcellin comme un homme réservé, peu bavard, mais totalement investi dans sa musique. Les frères Rastocle le décrivaient ainsi :
« Sété an bwatè profésionel, i té ka jwé dèyè Féfé ; i pa té ka djè palé. »
Cette discrétion contrastait avec la puissance de son jeu. Il n’avait pas besoin de parler pour être reconnu : ses frappes, sa régularité et sa connaissance des rythmes suffisaient à imposer son autorité.
Félix Casérus insistait également sur la hiérarchie entre les musiciens de l’époque. D’autres joueurs de tibwa existaient, mais tous ne possédaient pas le même niveau :
« Ni dot ki jwé osi, mé ni an respé adan sa ki jwé, fok pa mélanjé koko épi zabriko : i té prèmié ! »
Autrement dit, il ne fallait pas confondre les niveaux : Gabriel Michet Marcellin appartenait aux meilleurs.
Un acteur de la tradition bèlè samaritaine
Gabriel Michet Marcellin s’inscrivait dans la grande famille du bèlè, du danmyé-kalennda-bèlè et du Lévé yo ka. Cette tradition musicale et dansée, particulièrement vivante dans le nord de la Martinique, repose sur le dialogue entre le tambour, le tibwa, le chant et la danse.
Le bèlè est à la fois une musique, une danse et un espace de transmission. Les rythmes y sont liés à la mémoire, aux gestes, aux paroles et aux relations entre les participants. Dans cet ensemble, le bwatè occupe une place fondamentale : il donne la cadence et accompagne la dynamique du tambour.
Des traces dans les enregistrements
La mémoire de Gabriel Michet Marcellin ne repose pas uniquement sur les témoignages. On peut également entendre sa musique dans le disque « Ti Emile et son groupe folklorique de Sainte-Marie of Martinique ».
Les enregistrements réalisés par Franck Hubert en 1961 constituent également une source importante pour comprendre la richesse de la tradition musicale samaritaine. Ces documents sonores permettent de préserver une partie du jeu des anciens et de transmettre leur héritage aux nouvelles générations.
Un héritage à préserver
La disparition de Gabriel Michet Marcellin, au début des années 1970, a laissé un vide dans le monde du bèlè martiniquais. Pourtant, son nom continue d’être cité parmi les grands joueurs de tibwa de la région samaritaine.
Son parcours rappelle que la mémoire du bèlè ne repose pas seulement sur les grands chanteurs ou les maîtres tambouyé. Les bwatè jouent eux aussi un rôle déterminant dans la construction et la transmission des rythmes.
Gabriel Michet Marcellin demeure ainsi une référence pour les musiciens qui souhaitent comprendre le rôle du tibwa et l’esprit du bèlè traditionnel. Son jeu, associé à celui de Féfé Marolany, appartient au patrimoine musical de Sainte-Marie et de la Martinique.

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