Générius Marie-Sainte, dit Galfétè, né le 11 novembre 1900 et décédé en 1975, est un tanbouyé légendaire de la Martinique, maître incontesté du kalennda et de la lafouytè, deux formes majeures du patrimoine musical et chorégraphique créole. Fils du célèbre tanbouyé Boniface Sébarec, il appartient à une dynastie d’artistes qui ont marqué le genre bèlè de leur empreinte, aux côtés de son frère Stéphane Sébarec dit Blanchard et de ses sœurs Clémence Boniface Sébarec et Esther Grivalliers (mère de Ti Raoul Grivalliers).
Reconnu pour sa carrure imposante, sa douceur et son jeu de tambour « comme un torrent, un orage », il incarne une figure centrale de la mémoire collective antillaise, passeur de danses, de rythmes et de significations culturelles entre générations.
Parcours et formation
Galfétè grandit dans une famille de musiciens traditionnels en Martinique, baignant dès l’enfance dans les rythmes du bèlè, du danmyé et du kalennda, transmis oralement par son père Boniface Sébarec, lui-même tanbouyé de renom. Il apprend « sur le tas », au contact des anciens, lors des yoles rondes, des bals bèlè et des cérémonies communautaires qui structurent la vie sociale et culturelle de la société martiniquaise du début du XXᵉ siècle.
Héritier d’une lignée artistique, il développe très tôt un style personnel, alliant puissance rythmique et mélodies « bien frappées », distinct de celui de son contemporain Féfé Marolany, avec qui il entretient une grande complicité. Son jeu de tambour, décrit comme « un torrent qui descend, un orage », témoigne d’une maîtrise technique et d’une inspiration nourries par la tradition orale et l’expérience du terrain.
Engagements, fonctions et actions majeures
Galfétè excelle dans toutes les musiques du genre danmyé-kalennda-bèlè, mais c’est dans le kalennda et la lafouytè qu’il devient le spécialiste et le maître reconnu par tous, bâtissant autour de ces pratiques sa légende de tanbouyé complet. Il accompagne des chanteuses et chanteurs emblématiques, comme Ciméline Rangon et Ti Émile, sur des enregistrements historiques réalisés par Anca Bertrand en 1964, ainsi que dans des captations de Franck Hubert en 1961 et d’autres collectages qui préservent son art pour la postérité.
Passeur de savoirs, il transmet à son fils adoptif Jean Miko Terrine (fils de son épouse) les significations des danses : « pourquoi on les faisait, comment on les faisait, où on les faisait », initiant une chaîne de transmission qui relie les pratiques esclavagistes, post-abolition et contemporaines du bèlè. Son enseignement oral, ses démonstrations et ses performances lors de fêtes, de veillées et de rassemblements culturels font de lui un gardien du patrimoine immatériel martiniquais.
Rayonnement et reconnaissance
Galfétè est salué par ses pairs comme un homme « doux, gai », « pa ni dézod » (sans désordre), à la parole forte et abondante, dont la carrure imposante et les mains longues traduisent une « force de la nature » au service du tambour. Des témoignages de Miko Terrine, Marc Pulvar et Félix Casérus soulignent son talent exceptionnel : « Tanbou’y té très bon. Sé an toran ki té ka désann, an loraj » (Son tambour était très bon. C’était un torrent qui descendait, un orage).
Comparé à Papa Vava, autre majò kalennda, Galfétè est décrit comme étant allé « plus loin », développant un jeu de mains incompris et inimitable, « pèsonn pa rivé konpwann sa, pèsonn pa rivé di pran sa ». Sa réputation dépasse les cercles locaux, faisant de lui une référence pour les chercheurs, collecteurs et artistes qui documentent et réactivent le bèlè martiniquais
Héritage et mémoire
L’héritage de Galfétè réside dans la transmission vivante du kalennda, de la lafouytè et du bèlè, patrimoines immatériels qui expriment la résilience, la joie et la mémoire des descendants d’esclaves en Martinique et dans la Caraïbe. Son enseignement à Miko Terrine et son influence sur des générations de tanbouyés perpétuent un art total où rythme, danse, chant et sens culturel s’entremêlent.
Les enregistrements de 1961-1964 et les témoignages oraux constituent des archives précieuses pour la recherche ethnomusicologique et la pratique contemporaine, reliant le passé colonial aux scènes actuelles de revitalisation du bèlè.
Dernier hommage
Galfétè s’éteint en 1975, laissant derrière lui une communauté artistique et culturelle endeuillée mais fière d’avoir compté parmi ses rangs un maître du tambour dont le nom reste gravé dans la mémoire collective antillaise. Ses paroles d’auto-présentation – « Man sé le crime, le mortel, l’insaisissable » – résument l’aura mystique et inclassable de cet homme qui a fait du rythme une force vitale et identitaire.

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