
Ancien Préfet de Martinique |
Pierre Trouillé est le premier préfet de la Martinique après sa départementalisation en 1946, un poste qu'il occupe de 1947 à 1950 dans un contexte de fortes tensions sociales et politiques.
Nommé par Jules Moch pour contrer l'influence communiste et les mouvements syndicaux, son mandat est marqué par des événements tragiques, dont la fusillade du Carbet et l'affaire des 16 de Basse-Pointe.
Arrivée et mission en Martinique
Nommé le 23 août 1947, Pierre Trouillé prend ses fonctions dans une île en pleine mutation après la loi du 19 mars 1946 transformant la colonie en département d'outre-mer.
Les inégalités persistantes, alimentant grèves et revendications ouvrières dans les plantations de canne.
Sa mission officielle vise à stabiliser l'île face à la montée des syndicats et du Parti communiste avec une ligne d'administration ferme marquée par des arrestations de grévistes.
La fusillade du Carbet (4 mars 1948)
Le 2 mars 1948, en pleine campagne de coupe de la canne à sucre, des ouvriers agricoles de l'habitation Lajus (la plus grande usine-sucrerie du Nord-Caraïbe), au Carbet, entament une grève pour exiger l'application des conventions salariales précédentes et des augmentations.
Après quatre jours, le propriétaire Jacques Bally les invite à récupérer leurs soldes de janvier, mais par crainte d'un piège et après consultation de la CGT, ils se dirigent vers le bourg.
Le soir du 4 mars, alors qu'ils quittent l'habitation, ils croisent un véhicule de gendarmes.
La répression éclate : les forces de l'ordre tirent sans sommation, faisant trois morts, les frères André Jacques, Henri Jacques et Mathurin Dalin et deux blessés graves dont Yvonne Jacques et André Balmer.
Pierre Trouillé, préfet en place, est directement accusé d'avoir autorisé cette « tuerie » par la presse communiste locale.
Aimé Césaire, député martiniquais, dénonce publiquement l'action « malfaisante » du préfet et réclame son départ « pour le bon renom de la France ».
L'événement, peu couvert par la presse généraliste, devient un symbole de répression coloniale et ouvrière.
L'affaire du 16 de Basse-Pointe (6 septembre 1948)
Six mois plus tard, le 6 septembre 1948, un administrateur blanc créole est assassiné dans une habitation agricole du nord de l'île, lors d'une grève des coupeurs de canne à Basse-Pointe.
Pierre Trouillé témoigne lors du procès des saisies militants communistes et syndicalistes arrêtés, jugés et condamnés en 1951 à Bordeaux. L'affaire accentue les clivages entre békés, syndicats et administration.
Départ et héritage controversé
Remplacé en 1950, Pierre Trouillé poursuit sa carrière en métropole (Sarthe, Loire-Atlantique).
Son passage en Martinique reste associé à la répression des luttes sociales, avec la fusillade du Carbet comme épisode marquant des tensions post-départementalisation.
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