Guy Dufond (1932-2025) fut un enseignant, syndicaliste, intellectuel et militant anticolonialiste martiniquais. Figure marquante des luttes politiques et sociales de la Martinique au XXᵉ siècle, il est surtout connu pour son engagement au sein de l'Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM) et pour son action constante en faveur de l'émancipation nationale, de la justice sociale et de l'éducation.
Une figure de l'anticolonialisme martiniquais
Dès le début des années 1960, Guy Dufond fait partie de la génération de jeunes intellectuels martiniquais qui contestent le système colonial et revendiquent le droit du peuple martiniquais à décider de son avenir. Il participe à la rédaction du célèbre Manifeste de l'OJAM, dont le slogan :
« La Martinique aux Martiniquais »
devient l'un des symboles les plus marquants du mouvement anticolonialiste martiniquais.
Parmi les rédacteurs et signataires de ce manifeste figuraient également :
- Charles Davidas, peintre en bâtiment,
- Eusèbe Lordinot, instituteur,
- Georges Aliker, étudiant,
- Gesner Mencé, instituteur,
- Guy Anglionin, apprenti,
- Hervé Florent, avocat,
- Henri Pied, médecin,
- Joseph René-Corail, artiste-peintre,
- Léon Sainte-Rose-Franchine, instituteur,
- Manfred Lamotte, étudiant,
- Josiane Saint-Louis-Augustin, étudiante,
- Marc Pulvar (Loulou), étudiant,
- Roger Riam, instituteur,
- Renaud de Grandmaison, étudiant,
- Victor Lessort, bijoutier.
L'affaire de l'OJAM
Créée en décembre 1962, l'OJAM dénonce les inégalités sociales, la dépendance économique et la domination politique exercée sur la Martinique.
Après l'affichage clandestin du manifeste à travers l'île, les autorités françaises lancent une vaste opération policière.
Dix-huit militants sont arrêtés puis transférés dans l'Hexagone, notamment à la prison de la Santé puis à celle de Fresnes.
Le procès, qui se tient devant le tribunal correctionnel de Paris du 25 novembre au 10 décembre 1963, devient l'un des grands procès politiques de l'histoire contemporaine de la Martinique.
Après plusieurs semaines d'audience :
- Cinq militants sont condamnés,
- Huit sont relaxés,
- L'affaire contribue à populariser les revendications anticolonialistes auprès de l'opinion publique martiniquaise.
Une surveillance politique permanente
L'engagement de Guy Dufond ne cesse pas après l'affaire de l'OJAM.
En 1966, dans un contexte de tensions politiques persistantes, il est de nouveau visé par une opération policière en tant que membre du comité central du :
Parti Communiste Martiniquais (PCM)
Cette surveillance constante témoigne de l'importance de son rôle dans les mouvements politiques contestataires de l'époque.
Enseignant et militant social
Après les événements de l'OJAM, Guy Dufond poursuit un double engagement :
L'éducation
En tant qu'enseignant, il participe à la formation de nombreuses générations de jeunes Martiniquais.
Pour lui, l'école représente un outil fondamental d'émancipation, de réflexion critique et de transformation sociale.
Le combat syndical et politique
Il milite activement en faveur des :
- Travailleurs,
- Syndicats,
- Classes populaires,
- Justice sociale.
Son action s'inscrit dans une vision où la question nationale est indissociable des luttes sociales.
Le PKLS
Guy Dufond figure parmi les fondateurs et dirigeants du :
PKLS
Pati Kominis pou Lendépandans ek Sosyalizm
Ce mouvement politique se réclame du :
- Marxisme,
- anticolonialisme,
- Socialisme,
- Indépendance nationale martiniquaise.
À travers cette organisation, il poursuit ses réflexions et son engagement en faveur d'un projet de société fondé sur l'autodétermination et la justice sociale.
Un hommage de son vivant
En 2023, une cérémonie d'hommage lui est rendue au :
Teyat Otonom Mawon
à Fort-de-France.
À cette occasion, plusieurs intervenants saluent son parcours politique, syndical et éducatif.
Malgré l'âge et la maladie, Guy Dufond continue alors d'affirmer que :
« L'émotion ne suffit pas »
soulignant que le combat pour l'émancipation du peuple martiniquais devait se poursuivre au-delà des hommages.
Décès
Guy Dufond s'éteint le 2 octobre 2025, à l'âge de 93 ans.
Sa disparition suscite de nombreux témoignages de respect dans les milieux politiques, syndicaux, associatifs et éducatifs de la Martinique.
Beaucoup saluent alors un homme de conviction qui consacra sa vie à la défense de ses idéaux.
Héritage
Le parcours de Guy Dufond s'inscrit dans l'histoire des grandes luttes martiniquaises du XXᵉ siècle.
Son héritage repose sur plusieurs dimensions son :
- Rôle dans l'OJAM,
- Défense de l'autodétermination,
- Activité d'enseignant,
- Engagement syndical,
- Action en faveur de la classe ouvrière,
- Contribution aux débats sur l'avenir politique de la Martinique.
Il demeure l'une des figures importantes de la pensée anticolonialiste martiniquaise contemporaine.

💬 Laissez un commentaire
🛑 Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Se connecterPas encore de compte ? Créez-en un ici
Commentaires récents
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir !