Martinique A nu

Georges Gratiant

Le verbe au service de la justice et de l'émancipation martiniquaise

Georges Gratiant
Avocat, maire du Lamentin(1959-1989)
Fonction Maire Décédé
Mandat 1959 → 1989 (30 ans)
Naissance 06 janvier 1907 Saint-Esprit
Décès 20 juin 1992 Lamentin
Âge au décès 85 ans
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Georges Gratiant (1907-1992) est une figure centrale de l'histoire politique et sociale de la Martinique au XXe siècle. 

Avocat brillant, tribun redoutable surnommé « Cravach la », il fut l'un des piliers du mouvement communiste local et le maire bâtisseur de la ville du Lamentin pendant trois décennies. 

Son engagement indéfectible contre les injustices sociales et pour l'autonomie de l'île a marqué durablement l'identité martiniquaise.

Jeunesse et éveil d'une conscience militante

Né le 6 janvier 1907 au Saint-Esprit dans une famille aisée, Georges Gratiant effectue ses études secondaires au lycée Schœlcher. Il part ensuite en France hexagonale pour suivre des études de droit. De retour en Martinique avec sa licence, il s'inscrit au barreau de Fort-de-France.

Sensible à la misère qui frappe alors le peuple martiniquais, il se tourne vers le marxisme. 

En 1934, suite à l'assassinat du journaliste André Aliker, il participe à la fondation du groupe « Front commun » et organise plus tard la fusion avec le groupe « Jean Jaurès » pour donner naissance à la « Région communiste de la Martinique » en 1938. 

Durant cette période, il s'implique aussi dans le syndicalisme, impulsant des cours du soir pour les dockers et les charbonnières.

La résistance culturelle et l'affirmation politique

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'oppose au régime de Vichy en participant, aux côtés d'Aimé Césaire, Suzanne Césaire et René Ménil à la rédaction de la revue Tropiques. Il y révèle ses talents de « maître du verbe », maniant la poésie et l'imaginaire pour lutter contre l'aliénation culturelle.

À la Libération en 1945, il soutient activement la départementalisation.

En 1946, il entre dans l'histoire en devenant le premier Président du Conseil Général du nouveau département de la Martinique, poste qu'il occupe jusqu'en 1947.

L'avocat des justes : L'Affaire des 16 de Basse-Pointe

Sa renommée d'avocat s'internationalise en 1951 lors du procès des « [16 de Basse-Pointe] » à Bordeaux. Il défend seize ouvriers agricoles noirs accusés du meurtre d'un administrateur béké. 

Sa plaidoirie magistrale contribue grandement à l'acquittement des accusés, transformant ce procès en une victoire historique contre le système colonial.

Le maire du Lamentin et le PCM

En septembre 1957, il co-fonde le Parti communiste martiniquais (PCM), qui revendique désormais l'autonomie de l'île au sein d'un ensemble fédéré à la République française.

Élu maire du Lamentin en 1959, il exercera ce mandat sans interruption jusqu'en 1989. 

Sous son impulsion, la commune se transforme radicalement pour devenir le deuxième pôle économique de l'île. On lui doit notamment la :

  • Construction d'écoles publiques et la gratuité des fournitures scolaires,
  • D'importants travaux d'assainissement et d'infrastructures,
  • La création de la médiathèque et de foyers ruraux,
  • L'édification du grand stade municipal.

Le « Discours sur les trois tombes »

En 1961, lors d'une grève d'ouvriers agricoles au Lamentin, les forces de l'ordre tirent sur la foule, faisant trois morts. Lors des obsèques, Georges Gratiant prononce son célèbre « Discours sur les trois tombes », une dénonciation virulente de la répression coloniale : « Qui veut du pain aura du plomb... au nom de la France ». 

Ce discours lui vaut des poursuites judiciaires de la part du ministre des Armées, mais il finit par obtenir gain de cause.

Héritage et Postérité

Georges Gratiant se retire de la vie politique en 1989, soutenant la candidature de son premier adjoint, Pierre Samot. Il s'éteint le 20 juin 1992 à l'âge de 85 ans.

Aujourd'hui, son nom reste gravé dans le paysage martiniquais :

  • Le Stade Georges-Gratiant à Place d'Armes (Lamentin) lui rend hommage depuis 1993,
  • Plusieurs rues et avenues portent son nom au Lamentin et à Fort-de-France,
  • Un portrait officiel a été dévoilé en sa mémoire à l'Hôtel de Ville du Lamentin en 2025.

Homme d'une intégrité exemplaire et d'une profonde sensibilité sociale, Georges Gratiant demeure l'un des acteurs majeurs du passage de la « nuit coloniale » à la Martinique moderneparole et l’action.

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